Les universités au cœur de la transformation éducative et de la culture de paix en Afrique
10 février 2016 | Politique éducative | Recherche académique
La transformation de l’éducation en Afrique passe inévitablement par un renforcement du rôle des universités et de la recherche scientifique. C’est l’une des conclusions majeures de la Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique 2016-2025 (CESA 16-25), adoptée par les chefs d’État et de gouvernement lors du 26ᵉ Sommet de l’Union africaine tenu à Addis-Abeba le 31 janvier 2016.
Cette stratégie marque une évolution importante dans la vision éducative du continent : l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation y sont désormais considérés comme des piliers essentiels du développement économique, social et technologique de l’Afrique.
Une stratégie éducative pour bâtir le capital humain africain
La CESA 16-25 s’inscrit dans une ambition claire : construire un système éducatif capable de former un capital humain qualifié, enraciné dans les valeurs africaines et apte à porter les aspirations de l’Union africaine.
Dans cette perspective, la stratégie met l’accent sur plusieurs axes prioritaires :
- le développement de la formation doctorale et postdoctorale ;
- l’augmentation des bourses compétitives pour les jeunes chercheurs ;
- le renforcement de la coopération internationale en matière de recherche ;
- l’expansion des centres d’excellence ;
- le développement de partenariats institutionnels solides entre universités africaines et institutions mondiales.
Parallèlement, les gouvernements africains sont encouragés à respecter leur engagement d’allouer 1 % du produit intérieur brut à la recherche et à l’innovation, tout en créant des environnements favorables à la production scientifique grâce à des infrastructures et des ressources adaptées.
Cette orientation traduit une prise de conscience croissante du rôle stratégique de l’enseignement supérieur dans la croissance économique, l’innovation et la transformation structurelle des sociétés africaines.
L’éducation au cœur de la renaissance africaine
La stratégie éducative continentale s’inscrit dans un cadre plus large : celui de la vision de transformation portée par l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui ambitionne de bâtir une Afrique prospère, pacifique, démocratique et intégrée.
Au cours des deux dernières décennies, l’Afrique a connu une croissance économique notable, soutenue par ses abondantes ressources naturelles et par une population particulièrement jeune. Toutefois, la réalisation de ce potentiel dépend fortement de la qualité et de l’accessibilité des systèmes éducatifs.
Conscients de cet enjeu, les États africains ont multiplié les investissements dans l’éducation et élaboré diverses politiques visant à améliorer la scolarisation, la formation et le développement des compétences.
La CESA 16-25 constitue ainsi un cadre continental permettant d’harmoniser ces efforts et d’aligner les politiques éducatives africaines sur les objectifs mondiaux de développement.
Une pyramide éducative déséquilibrée
Malgré les progrès réalisés, les systèmes éducatifs africains restent confrontés à plusieurs défis structurels. La pyramide éducative du continent présente une base large mais un sommet extrêmement réduit.
En moyenne :
- 79 % des enfants accèdent à l’enseignement primaire,
- 50 % poursuivent au niveau secondaire,
- mais seulement environ 7 % accèdent à l’enseignement supérieur.
Cette situation révèle une forte contraction des opportunités éducatives à mesure que l’on progresse dans les niveaux de formation.
À cela s’ajoutent d’autres difficultés majeures :
- la qualité inégale de l’enseignement ;
- le manque d’articulation entre formation et besoins du marché du travail ;
- les inégalités sociales, territoriales et de genre ;
- l’exclusion de certains groupes vulnérables.
La stratégie insiste donc sur la nécessité de renforcer les capacités des ministères de l’éducation afin d’améliorer la formulation des politiques et la mise en œuvre des réformes éducatives.
L’enseignement supérieur comme moteur du développement
La CESA 16-25 affirme clairement que l’enseignement supérieur doit être placé au centre des stratégies de développement des nations africaines.
Les universités jouent en effet un rôle essentiel dans :
- la production scientifique ;
- le développement de l’innovation ;
- la formation des élites intellectuelles ;
- la création de solutions aux défis africains.
Cependant, plusieurs obstacles limitent encore leur contribution.
Malgré une croissance importante des établissements universitaires et du nombre d’étudiants au cours des deux dernières décennies, l’accès à l’enseignement supérieur demeure faible. Les institutions privées, qui accueillent désormais environ un quart des étudiants africains, ont contribué à cette expansion.
Un autre déséquilibre important concerne les disciplines académiques : les sciences humaines et sociales continuent de dominer les inscriptions, alors même que les politiques publiques encouragent le développement des sciences, de la technologie et de l’ingénierie.
La stratégie souligne également :
- la faiblesse des programmes de formation postuniversitaire ;
- la contribution limitée de ces formations à la recherche et à l’innovation ;
- le vieillissement du corps professoral dans de nombreuses universités africaines.
Le renouvellement du personnel académique et l’amélioration des conditions de travail des enseignants et des étudiants apparaissent ainsi comme des priorités urgentes.
Universités, innovation et transformation numérique
Face à l’augmentation rapide du nombre de diplômés du secondaire, les universités africaines doivent également adapter leurs infrastructures et leurs méthodes pédagogiques.
La stratégie encourage notamment :
- le développement de plateformes numériques d’apprentissage ;
- l’utilisation accrue des technologies de l’information et de la communication ;
- l’expansion des cours en ligne et des formations hybrides.
Les universités sont appelées à jouer un rôle central dans la production de contenus pédagogiques africains et dans le renforcement des compétences numériques des enseignants et des étudiants.
Douze objectifs pour transformer l’éducation africaine
La CESA 16-25 repose sur douze objectifs stratégiques destinés à transformer en profondeur les systèmes éducatifs africains.
Parmi les priorités figurent :
- la revitalisation de la profession enseignante ;
- l’amélioration des infrastructures éducatives ;
- l’intégration des technologies numériques dans l’apprentissage ;
- la promotion de l’équité et de la parité entre les sexes ;
- le développement de l’enseignement technique et professionnel ;
- le renforcement de la recherche et de l’innovation.
Un objectif particulièrement important concerne la promotion de l’éducation à la paix et à la prévention des conflits. Cette orientation reflète la conviction que l’éducation doit également contribuer à la stabilité politique et sociale du continent.
Investir dans la recherche pour relever les défis africains
Pour atteindre ces objectifs, la stratégie propose plusieurs mesures structurantes :
- augmenter les investissements publics dans la recherche ;
- renforcer les centres d’excellence africains ;
- développer les collaborations scientifiques internationales ;
- soutenir les jeunes chercheurs à travers des bourses et subventions compétitives ;
- améliorer la qualité de la formation doctorale et postdoctorale.
La production de données fiables sur l’éducation constitue également un enjeu crucial. La stratégie prévoit donc le renforcement des systèmes d’information éducatifs, de la collecte et de l’analyse des données, ainsi que le soutien à la recherche en politiques éducatives.
Une mobilisation collective pour réussir la transformation
La mise en œuvre de la CESA 16-25 repose sur une mobilisation collective des gouvernements, des universités, du secteur privé, de la diaspora et des partenaires internationaux.
Les États africains sont notamment invités à augmenter progressivement leurs budgets éducatifs de 10 % par an pendant une décennie, afin d’améliorer l’accès et la qualité de l’éducation à tous les niveaux.
Au niveau continental, un comité composé de dix chefs d’État, représentant les différentes régions d’Afrique, a été mis en place pour promouvoir le développement de l’éducation, de la science et de la technologie.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois d’un facteur déterminant : la volonté politique des États africains.
Car au-delà des politiques et des plans stratégiques, c’est bien l’engagement durable des gouvernements et des institutions académiques qui permettra à l’Afrique de transformer son potentiel éducatif en moteur de développement, d’innovation et de paix.
Rédaction X-BASE
Dr GBEKLEY E Holaly
